21-09-2014 - Interview du directeur de l'OIE

Interview du Docteur Bernard Vallat – Directeur Général de l’OIE (Organisation mondiale de la santé animale)

Réalisée par le Docteur vétérinaire Anne-Claire Gagnon, pour l’OABA - Août 2014

 

Notre confrère John Blackwell, Président de la BVA, a récemment pris position pour alerter les politiques sur la souffrance inacceptable dont sont victimes les animaux de boucherie, lorsqu'ils sont abattus sans étourdissement préalable, dans les abattoirs britanniques, selon les traditions casher et halal.

L'OIE a-t-elle alerté elle-même, dans ses délégations, au niveau international ou national, les autorités compétentes sur les dérives que l'industrialisation des productions animales génèrent, au mépris du bon sens et de l'éthique ?

Le bien-être animal a été défini comme champd’action prioritaire de l’OIE depuis le début des années 2000. Les Pays Membres de l’OIE ont mandaté l’Organisation de jouer le rôle de chef de file mondial dans ce domaine,en matière de recommandations et de lignes directrices, dont l’objectif est d’améliorer la préservation, non seulement de la santé des animaux, mais aussi de leur bien-être, dans uncontexte international fortement hétérogène.

Outre le fait quela perception du bien-être animal peut différer d’un pays à l’autre, et d’une culture à l’autre, l’OIE compte, parmi ses 180 Pays Membres une majorité de pays en développement, dans lesquels l’aspect du bien-être animal n’est pas une priorité et n’est pas encore intégré dans la législation nationale, par manque de moyens, et du fait d’autres priorités impérieuses (par exemple, éduquer et nourrir leur population).

Les normes internationales proposées par l’OIErésultent d’un consensus général et doivent tenir compte de ces inégalités. Elles ne peuvent donc pas toujours avoir le même niveau d’exigence que dans certains pays développés.

Dans ce contexte, l’ensemble des 180 Pays Membres de l’OIE, ont déjà adopté plusieurs normes sur le bien-être animal, relatives au traitement des animaux lors d’opérations clefs telles que le transport et l’abattage, notamment. Tous ces pays s’engagent, avec le soutien de l’OIE, à appliquer ces normes à l’échelle nationale,quelles que soient leurs pratiques culturelles, ou leur situation économique.

Les normes de l’OIE en matière de bien-être animal se fondent sur des bases scientifiques et sont reconnues par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) comme normes de référence. Elles figurent dans le Code sanitaire pour les animaux terrestres (Titre 7) de l’OIE depuis une dizaine d’années.

 

La souffrance animale, sa prévention comme sa prise en charge, font partie intégrante des missions des vétérinaires, partout dans le monde.

Selon les pays, les techniques d'abattage des animaux de boucherie diffèrent, mais l'absence de souffrance reste la ligne de conduite. Dans les procédures établies par consensus au sein de l'OIE, établissez-vous une distinction selon que certaines méthodes sont employées individuellement ou lors d'abattage de masse, comme cela est pratiqué dans les abattoirs français ?

Les Servicesvétérinaires occupent uneplace essentielle dans la préservation à la fois de la santé et du bien-être des animaux et dans la mise en application des normes édictées par l’OIE et adoptées par consensus par l’ensemble de ses Pays Membres.

La norme de l’OIE relative à l’abattage des animaux destinés à la consommation humaine (Chapitre 7.4 du Code Terrestre) se doit d’intégrer lesspécificités religieuses de ses Pays Membres. C’est pourquoi, le travail de développement de cette norme a rassemblé le groupe de travail de l’OIE pour le bien-être animal, ainsi que des experts de l’abattage rituel de toutes les religions concernées et des organisations non gouvernementales impliquées dans le bien-être animal.

Au vu des considérations religieuses, l’étourdissement préalable à l’abattage ne peut être imposé par les normes de l’OIE. En revanche, celles-ci prévoient les mesures spécifiques à appliquer dans le cas d’abattage sans étourdissement préalable. Ellesabordent notamment les points suivants :

  • les systèmes de contention recommandés en l’absence d'étourdissement préalable à l’abattage,
  • les méthodes de saignées sans étourdissement,
  • les conditions de saignée sous électronarcose réversible.

L’abattage rituel, kasher ou halal, lorsqu’il est effectué dans le respect rigoureux de ces normes, est compatible avec les exigences de l’OIE fixées pour améliorer le bien-être des animaux dans le domaine de l’abattage. Toutes les règles religieuses relatives à la gestion des animaux, notamment lors des opérations de transport, de manipulation et d’abattage, reposent sur la compassion et la bienveillance.

 

Les vétérinaires n'ont-ils pas un rôle essentiel à jouer, en tant qu'avocats des animaux, et médiateurs entre les politiques et les communautés religieuses, pour faire mieux connaître, comprendre et accepter les données de la science, avec ses implications pour de bonnes pratiques d'abattage ?

Le bien-être animal est un sujet complexe qui implique des dimensions scientifiques, éthiques, économiques, culturelles, sociales, religieuses et politiques.

L’OIE incite les Services vétérinaires àêtre les acteurs clefs dans ce domaine et à engager la discussion sur ces différents points avec les autorités religieuses afin de sensibiliser à l’importance de traiter les animaux d’élevage avec décence et de réduire la souffrance animale dans le monde entier. Différentes recommandations à ce sujet ont d’ailleurs été discutées et validées.

A titre d’exemple, dans le but de sensibiliser l’opinion publique et de soutenir le rôle actif des Services vétérinaires dans l’amélioration du bien-être des animaux à l’échelle planétaire, le Groupe de travail de l’OIE sur le bien-être animal a rédigé un document de discussion sur la compatibilité entre les normes de l’OIE sur les impératifs de bien-être animal en abattoir et les articles de la loi islamique. Ce document a pour objet d’attirer l’attention sur les exigences particulières du droit islamique en matière de transport et de manipulation d’animaux dans des conditions décentes.

L’OIE va également plus loin dans le soutien des Services vétérinaires qu’il considère comme crucial et développe des outils spécifiques.

Le processus PVS (Performance des Services Vétérinaires) a été mis au point en 2006 par l’OIE et propose, sur demande des pays, des missions indépendantes d’évaluation et d’appui aux performances de leurs Services vétérinaires afin de les aider à se renforcer et à respecter les normes internationales.

L’OIE travaille sur des supports de formation, dans le cadre du programme “Améliorer le bien-être animal” (IAWP), par exemple.Ce programme a pour but de contribuer à améliorer le bien-être des animaux destinés à la consommation lors de leur transport et de leur abattage et à aider les Pays Membres de l’OIE à mettre en application des normes sur l’abattage des animaux destinés à la consommation.Les programmes de formation des formateurs se déroulent dans des pays pratiquant majoritairement l’abattage halalou kasher.

Enfin, l’OIE a mis en place desplateformes régionales sur le bien-être animal pour l’Asie, et plus récemment pour l’Europe, axées notamment sur les conditions de transport et d’abattage des animaux d’élevage. Une nouvelle plate-forme sera développée au Moyen-Orient prochainement.

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