Retour sur le reportage choc d’Envoyé Spécial, réalisé par la journaliste Anne de Loisy avec l’aide de l’OABA et diffusé le 15 février 2012 sur France 2.

Ce reportage, tourné en partie en caméra cachée par la journaliste, a été le premier à révéler en images les conditions d’abattage dans des abattoirs français.

Il expose les risques sanitaires liés aux steaks hachés, mais révèle aussi des pratiques cruelles et illégales de plusieurs abattoirs, avec notamment le problème de l’abattage rituel sans étourdissement (halal et casher) et la tromperie du consommateur qui y est liée.

8 ans après ce reportage : qu’est-ce qui a changé ?

Bilan 2012-2020 :

– Suite à ce reportage, de nombreux abattoirs ont fermé leurs portes à l’OABA, de crainte d’être épinglés comme ceux que l’on peut voir dans ce reportage. Cependant, depuis 2016, constatant que l’OABA faisait toujours le choix du dialogue et n’avait pas participé à de nouveaux reportages en caméra cachée, les abattoirs ont progressivement rouvert leurs portes à l’OABA. Ainsi, près de 100 abattoirs ont été audités par l’OABA de 2018 à 2019, et la demande ne cesse d’augmenter.

– Nombre d’abattoirs demeurent malgré tout des boîtes noires et refusent souvent la transparence (cf le rejet de la vidéo obligatoire), point très faiblement compensé par quelques journées portes ouvertes dans des abattoirs à l’arrêt. Cependant, les sollicitations de l’OABA pour des audits protection animale étant de plus en plus nombreuses, cela constitue indéniablement un progrès, bien que la position du groupe Bigard n’ait pas évolué sur ce point. L’OABA accompagne également de plus en plus la mise en place du contrôle vidéo dans des abattoirs volontaires.

– Concernant la situation sanitaire préoccupante : cela reste vrai dans certains abattoirs mais il est selon nous compliqué de le chiffrer (dans le reportage, on évoque 41 puis 11% d’abattoirs non conformes 4 ans après, une évolution brutale qui ne manque pas de jeter le doute sur la crédibilité des chiffres du ministère de l’Agriculture).

– Le nombre d’abattoirs continue de baisser : 275 en 2012, et 251 en décembre 2019. Cependant, la consommation de viande a peu évolué entre 2012 et 2019.

– Le chiffre de 30 abattoirs en catégorie III et IV (les pires) est mentionné ; actuellement le niveau de maîtrise sanitaire est disponible sur le site Alimconfiance du ministère de l’Agriculture (4 niveaux de A à D). Les abattoirs sont majoritairement classés A et B. Pourtant, des vidéos récentes ont mis en cause des abattoirs pour leurs mauvaises pratiques alors que ces abattoirs étaient classés B (satisfaisant)… Une nouvelle fois la crédibilité des chiffres avancés par le ministère est mise en doute !

– L’abattoir de Saint Affrique a été repris par la Communauté de communes, et sa situation financière est compliquée. L’ancien directeur de cet abattoir a été récemment condamné dans l’affaire dite de la viande de cheval (vendue pour du bœuf).

– Le problème du manque de vétérinaires demeure : les suppressions de postes ont continué jusqu’en 2014 (1000 postes supprimés en 10 ans et création de 180 postes depuis 2015… donc très faible compensation). Cela vaut en particulier pour les contrôles ante mortem, qui sont une obligation réglementaire mais pourtant pas toujours effectués : dans certains abattoirs que nous auditons, à peine 10 % des animaux sont examinés à leur entrée à l’abattoir !

– L’OABA a fait pression pour que la pratique d’abattages rituels sans étourdissement soit soumise à la demande d’une autorisation, délivrée sur justification de “commandes”. Cela permet un semblant de contrôle… mais ce système est biaisé : d’une part le contrôle a lieu en amont mais pas en aval (donc la viande provenant d’abattages sans étourdissement peut être commercialisée dans n’importe quel circuit de distribution et pas uniquement dans les points de vente halal et kasher) et d’autre part, les services vétérinaires (en nombre insuffisant) n’ont pas le temps d’effectuer eux-mêmes les contrôles ; ils se contentent de centraliser les chiffres donnés par les abatteurs.

– Ainsi, l’absence d’étiquetage du mode d’abattage et donc l’absence d’information des consommateurs constitue toujours une malheureuse réalité. Notons cependant que l’OABA a édité une liste des abattoirs pratiquant systématiquement l’étourdissement. Depuis la diffusion de l’émission en 2012, 2 rapports ont été publiés à l’attention du gouvernement, qui recommandent le recours à l’étourdissement en particulier pour l’espèce bovine compte tenu de la longue agonie après l’égorgement (CGAAER 2016 et CESE 2019). Enfin, l’OABA a obtenu un arrêt de la CJUE en 2019, imposant l’étourdissement pour toutes les viandes labellisées “Agriculture Biologique”.