Mortalités en forte hausse dans les élevages intensifs, pénurie de fourrage à venir : l’OABA dénonce l’inaction politique face au stress thermique des animaux d’élevage. 

Des animaux déjà victimes du dérèglement climatique

Alors que les températures devraient à nouveau s’envoler à partir du 29 juillet, avec des pointes pouvant dépasser les 40 °C au début du mois d’août, une réalité s’impose : le dérèglement climatique n’est plus une menace lointaine, il est déjà là. Et parmi les premières victimes figurent les animaux d’élevage. 

L’agriculture est à la fois victime et actrice de cette crise. Selon le ministère de la Transition écologique, elle représente 21 % des émissions brutes de gaz à effet de serre en France(1). Dans le même temps, elle subit de plein fouet les conséquences du changement climatique : sécheresses, canicules à répétition, manque de fourrage, incendies et pertes économiques. Les gigantesques feux qui ont marqué ce dernier mois, notamment en Gironde, illustrent l’ampleur des bouleversements environnementaux auxquels notre pays est désormais confronté. 

Pour les animaux de ferme, les conséquences sont dramatiques. Les épisodes de chaleur extrême provoquent un stress thermique intense, des difficultés respiratoires, une baisse de l’alimentation, et, trop souvent, la mort. Les derniers chiffres disponibles sont particulièrement inquiétants : 3 millions de volailles mortes sans compter celles du mois de juillet(2) ! Une augmentation de plus de 40% de la mortalité chez les bovins et de 55% chez les porcs par rapport à la même période l’an dernier(3). La majorité de ces animaux étant élevés en surdensité dans des bâtiments intensifs, souvent peu adaptés à des températures aussi extrêmes, leur vulnérabilité est considérablement accrue. Quant à la faune sauvage, elle subit elle aussi les conséquences du dérèglement climatique, même si les mortalités restent difficiles à quantifier. 

Une responsabilité politique évidente

Face à cette urgence, on pourrait espérer une remise en question profonde de notre modèle agricole. Pourtant, les choix politiques empruntent la direction inverse. Sur ces questions, ministres et parlementaires prêtent une oreille (trop) attentive aux revendications de la FNSEA, ignorant les alertes répétées des scientifiques ainsi que la réalité vécue par une grande partie des éleveurs au quotidien. Comme un symbole de la soumission de nos dirigeants aux intérêts économiques, la ministre de l’Agriculture parle en “tonnes de carcasses” plutôt qu’en nombre de vies animales sacrifiées réduisant ainsi la souffrance animale à de simples variables technocratiques.  

La récente loi dite d’urgence agricole illustre ce décalage : elle privilégie la poursuite du développement des élevages intensifs et la simplification administrative pour satisfaire les intérêts du modèle dominant. Ce choix dogmatique ne répond ni aux impératifs de la crise climatique, ni à la détresse économique croissante du monde agricole. Alors que le dérèglement climatique transforme durablement nos territoires, les réponses structurelles indispensables — pour adapter la conduite des exploitations, réduire l’impact environnemental de l’agriculture, et améliorer le bien-être animal — restent cruellement absentes de l’agenda politique. 

Les conséquences risquent pourtant de s’aggraver dans les mois à venir. Depuis le début du mois de juillet, de nombreux éleveurs ont déjà dû entamer leurs stocks d’aliments qu’ils conservent habituellement pour l’hiver. A ce rythme, la nourriture destinées aux animaux viendra cruellement à manquer durant la mauvaise saison et la forte demande fera s’envoler les prix. Incapable de supporter ce surcoût, les exploitations les plus fragiles se retrouveront coincées : soit l’éleveur vendra précipitamment ses animaux pour financer l’achat d’aliments entrainant ainsi une suroffre et la diminution de la rémunération de l’éleveur, soit il conservera ses animaux au risque de ne plus pouvoir les nourrir correctement.   

Cette seconde option mène inévitablement à des situations de maltraitances animales et impacte directement les associations de protection animale. Lorsque des exploitations ne peuvent plus assurer l’alimentation ou les soins de leurs animaux, les services de l’État sollicitent régulièrement ces associations pour organiser leur prise en charge. Mais leurs capacités atteignent aujourd’hui leurs limites. L’OABA a déjà recueilli plus de 2 000 animaux depuis le début de l’année. Malgré la mobilisation de ses équipes et de son réseau d’accueil, elle ne pourra pas absorber indéfiniment l’augmentation des situations de détresse qui s’annonce. 

Une crise qui va s’amplifier

Il est encore temps d’agir, mais chaque année perdue rendra les adaptations plus difficiles. Réduire l’impact environnemental de notre agriculture est devenu une nécessité autant pour les animaux que pour les agriculteurs eux-mêmes. Cela passe notamment par une consommation modérée de viande et produits issus d’animaux, le soutien aux productions biologiques et aux systèmes alternatifs durables.  

Le dérèglement climatique n’est plus un scénario pour demain. Il tue déjà des millions d’animaux, fragilise les éleveurs et met sous tension l’ensemble du système agricole.  

« Continuer à défendre un modèle fondé sur la concentration des animaux dans des bâtiments toujours plus grands, sans répondre aux défis climatiques, revient à laisser un incendie se propager tout en applaudissant », déclare Manuel Mersch, président de l’OABA. 

Il est temps que les décisions politiques soient enfin à la hauteur de l’urgence climatique, de la souffrance animale et de l’avenir de notre agriculture. 

[1] https://www.ecologie.gouv.fr/strategie-nationale-bas-carbone/agriculture

[2] https://www.usinenouvelle.com/agro/avec-pres-de-3-millions-de-volailles-tuees-par-la-canicule-la-filiere-francaise-fait-les-comptes-et-anticipe-les-prochaines-vagues-de-chaleur.MO3O6JCCIFGPFPVCMHQ3XHIP7Q.html

[3] https://bonpote.com/les-millions-de-morts-silencieuses-de-la-canicule/

Contacts presse : 

Frédéric Freund – directeur de l’OABA : f.freund@oaba.fr 

Jimmy Gouedard – adjoint au directeur de l’OABA : j.gouedard@oaba.fr 

Audrey Groensteen – responsable communication : communication@oaba.fr  

Malika Bêche-Capelli – chargée de relations presse : m.beche-capelli@giesbert-mandin.fr  

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