Après l’été le plus chaud jamais enregistré en France, le Gouvernement choisit d’indemniser l’agriculture sans conditionner les aides à la transformation des élevages.
Pour le directeur de l’OABA Frédéric Freund, “la ministre adopte la même attitude en matière de canicule et de sécheresse que face à l’épidémie de DNC (Dermatose nodulaire contagieuse bovine) : elle prie pour que ça ne recommence pas !”
Lors de sa conférence de presse du 4 septembre, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a annoncé différentes mesures intégrées au sein d’un plan CASI (Climat-Adaptation-Sécheresse-Incendie) évalué à plus d’un milliard d’euros et destiné aux éleveurs et producteurs agricoles. Parmi les mesures annoncées figurent notamment un demi-milliard d’euros d’indemnisation pour les pertes de production, 330 millions d’euros d’exonérations fiscales ainsi que 235 millions pour renflouer les trésoreries affaiblies et permettre l’achat de semences, d’alimentation pour les animaux ou encore de matériels.
L’OABA ne conteste évidemment pas la nécessité de soutenir les agriculteurs victimes d’événements climatiques exceptionnels. Mais une question demeure : pourquoi l’argent public sert-il à réparer les conséquences du dérèglement climatique sans exiger, en retour, la transformation des modèles agricoles qui y contribuent ?
Des millions d’animaux victimes silencieuses de la canicule
L’été 2026 restera comme un été historique. Selon Météo-France, il est le plus chaud jamais enregistré en France, avec une température moyenne supérieure de 3,6 °C aux normales. Mais derrière les pertes agricoles se trouvent aussi des victimes dont on parle beaucoup moins : les animaux.
Lors de la seule canicule de juin, les premières estimations faisaient état de 1 à 3 millions de volailles mortes. Des hausses spectaculaires de mortalité ont également été observées chez les autres animaux d’élevage : jusqu’à +40 % chez les bovins et +55 % chez les porcs par rapport à la même période de l’année précédente. Et ces chiffres ne constituent qu’une partie de la réalité.
Derrière les termes de « pertes d’élevage » ou de « pertes de production », il y a une réalité que l’on ne doit pas oublier : des millions d’êtres sensibles sont morts après avoir subi les effets de températures extrêmes.
Dans les élevages les plus intensifs, la concentration de milliers d’animaux dans des bâtiments peut aggraver considérablement leur vulnérabilité au stress thermique. Les animaux ne peuvent ni sortir, ni rechercher spontanément un endroit plus frais. Lorsqu’un bâtiment devient une fournaise, les animaux qui y sont enfermés n’ont aucune échappatoire.
La canicule de 2026 a ainsi démontré une nouvelle fois les limites d’un modèle qui concentre toujours davantage d’animaux dans des espaces restreints.
L’agriculture ne peut pas être uniquement considérée comme une victime du changement climatique
Le Gouvernement doit soutenir les agriculteurs mais il doit également regarder en face la responsabilité du secteur agricole dans le dérèglement climatique.
L’agriculture représente 21 % des émissions françaises de gaz à effet de serre, tandis que l’élevage représente à lui seul environ 60 % des émissions du secteur agricole. L’agriculture est donc à la fois victime et contributrice du changement climatique.
Cette réalité impose une évolution des politiques publiques.
Or le plan CASI prévoit essentiellement d’indemniser les pertes et de permettre aux exploitations de surmonter la crise. Il ne semble pas conditionner ces aides à des engagements de réduction des émissions, de diminution de l’intensification ou d’amélioration substantielle des conditions de vie des animaux.
Transformer les élevages avant qu’ils ne soient les victimes de la prochaine canicule
L’argent public ne doit pas simplement permettre de remettre en fonctionnement les systèmes qui viennent de démontrer leur vulnérabilité. Il doit permettre de les transformer.
L’OABA demande donc que les aides exceptionnelles soient accompagnées de véritables contreparties, notamment :
- une diminution progressive des densités animales dans les élevages les plus intensifs ;
- des investissements obligatoires pour protéger les animaux contre les épisodes de chaleur extrême ;
- et un soutien prioritaire aux systèmes d’élevage plus extensifs, plus résilients et davantage protecteurs du bien-être animal.
Les agriculteurs n’ont pas choisi le dérèglement climatique. Ils figurent eux-mêmes parmi les premières victimes mais la solidarité nationale ne peut pas consister à financer indéfiniment la réparation des dégâts sans œuvrer aussi – et surtout – pour la transformation des causes de la vulnérabilité.
L’OABA demande désormais que chaque euro public consacré à l’agriculture contribue aussi à construire un modèle d’élevage capable de protéger les animaux face au climat de demain.
Contacts presse :
Frédéric Freund – Directeur de l’OABA – f.freund@oaba.fr
Malika Bêche-Capelli – Chargée de relations presse – m.beche-capelli@giesbert-mandin.fr
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