“C’est 10 millions d’euros que l’Etat Français investit aux côtés de la filière pour que dès l’année prochaine, nous puissions faire de l’année 2022 l’année de la fin du broyage et du gazage des poussins”, voilà ce qu’annonçait le 19 janvier 2021 l’ancien ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie. 

Dans cette optique, un décret publié en février 2022 prévoyait une interdiction de mise à mort des poussins de la filière poule pondeuse.

Pour autant, un arrêté publié le 8 décembre dernier, prévoit une dérogation permettant aux industriels de continuer d’éliminer, par gazage, des milliers de poussins mâles de poules blanches et de poules rustiques car « la technologie n’est pas fonctionnelle » selon Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture.

Cette affirmation est fausse. Il existe deux techniques permettant de déterminer le sexe des embryons dans l’oeuf avant leur éclosion :

  • La première technique se base sur la détermination de la couleur des plumes de l’embryon. Les mâles ont leurs premières plumes de couleur jaune-blanche alors que celles des femelles sont brunes. Cette technique, aussi appelée ovosexage par spectrométrie, n’est pas fonctionnelle sur les œufs de poules blanches et rustiques car les premières plumes des embryons mâles et femelles sont de même couleur.
  • La seconde technique implique de faire un petit trou dans la coquille de l’œuf et de réaliser une analyse hormonale pour déterminer le sexe de l’embryon. Cette technique est parfaitement fonctionnelle sur toutes les souches de poule pondeuse.

La dérogation accordée par le gouvernement se base en réalité essentiellement sur des considérations économiques. En effet, la seconde technique est plus coûteuse et moins rentable car les cadences (nombre d’œufs analysés par heure) sont réduites comparées à la première. Pourtant c’est une technique qui a déjà été déployée dans certains couvoirs en France et qui a été choisie par le plus grand couvoir d’Europe, aux Pays-Bas. L’Allemagne, elle, ne s’est pas posée la question de l’impact économique puisqu’elle interdit, depuis le 1 janvier 2022, l’élimination des poussins mâles toutes souches de poules pondeuses confondues.

Selon les chiffres fournis par les professionnels de la filière, 15% des poussins seraient concernés par cette dérogation. Cependant, le gouvernement n’est aujourd’hui pas capable de confirmer ce chiffre et n’envisage pas de le plafonner. De même, cette dérogation n’est pas limitée dans le temps puisqu’aucune date butoir n’est mentionnée dans l’arrêté, malgré les 10 millions d’euros investis par l’Etat français.
Enfin, l’OABA rappelle que la réglementation ne permet pas de protéger les canetons femelles de la filière foie gras qui continuent d’être broyés par milliers.

L’OABA dénonce le manque d’ambition de la France puisqu’elle autorise l’élimination de millions de poussins, contrairement aux engagements initiaux pris par le gouvernement. Nous demandons au gouvernement français de proposer et soutenir une interdiction, sans exception, de l’élimination des poussins mâles en vue de la révision de la réglementation européenne bien-être animal prévue en 2023.

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