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Belle charolaise à la robe immaculée, j’affiche aujourd’hui plus d’une tonne sur la balance.

Six ans après avoir grandi dans les pâturages de Saône et Loire, me voilà conduite à l’abattoir. Avec ma « culotte rebondie et bien descendue », comme ils disent, « ma poitrine ronde » et « mon bassin musclé », j’appartiens à une race baptisée sans poésie « race à viande » ou « vache bouchère ». Aujourd’hui, je vais en finir avec la vie mais mon destin m’impose une ultime épreuve, une souffrance d’autant plus insupportable que vous auriez pu me l’éviter. Je vais subir l’abattage rituel. Peu importe qu’il soit halal, pour satisfaire les musulmans, ou casher à l’attention des juifs, dans les deux cas je vais être égorgée sans étourdissement. En clair, j’ai rendez-vous avec l’agonie.

Tout commence par ce box dans lequel vous allez m’enfermer. Ma tête sera placée dans une mentonnière afin que je tende largement mon cou à offrir au couteau. Cette machine, créée pour l’occasion, me retournera ensuite sur le dos. La masse de ma panse, mon rumen, qui peut peser plus de 500 kg écrasera alors mes poumons. Nul doute que mon égorgement deviendra une délivrance. Mais je sais qu’il me faudra ressentir aussi l’odieuse douleur de la saignée durant de longues minutes, jusqu’à 14 minutes prévient un rapport de l’INRAE. Je serai ensuite hissée par un crochet pour rejoindre l’improbable cheminement des dépouilles de mon clan.

L’Oeuvre d’Assistance aux Bêtes d’Abattoirs (OABA), qui se bat depuis 1961 pour en finir avec cette pratique, souligne que la Fédération des Vétérinaires d’Europe, le Conseil National de l’Ordre des Vétérinaires et plus récemment le Conseil Economique Social et Environnemental partagent son avis. De même 74 % des Français désapprouvent l’abattage rituel (IFOP-OABA mai 2020) mais rien ne bouge…

Vous autres législateurs et autres décideurs vous n’avez pas le courage de lever le voile sur ce coupe gorge d’un autre temps. J’offre ma mort en spectacle si vous voulez du concret. Vous vous demanderez alors pourquoi vous n’avez pas intégré cette question dans votre proposition de loi visant à améliorer la condition animale que vous discutez cette semaine à l’Assemblée Nationale. D’autre pays européens ont refusé cette pratique barbare, je pense au Danemark, à la Finlande, au Luxembourg, à la Grèce, la Suisse, la Slovénie etc… sans parler de l’Indonésie qui ne l’impose pas alors qu’elle compte le plus grand nombre de musulmans au monde.

Avant d’en terminer avec la vie, je tiens à souligner que mon cadavre contribuera à tromper les consommateurs. Bien qu’abattue rituellement, je ne finirai pas forcément sur les étals halals ou cashers, ma pauvre carcasse pourra tout aussi bien rejoindre le circuit « conventionnel » puisque l’étiquetage précisant la méthode d’abattage n’existe pas. Même ceux qui s’opposent à cette pratique (87 % des européens) peuvent manger notre viande de misère sans le savoir. Quel gouvernement aura la vertu d’en finir avec nos souffrances évitables ?

Allain Bougrain-Dubourg

Lettre publiée dans Charlie Hebdo le 26/01/21, reproduite ici avec l’aimable autorisation de son auteur

Plus d’infos :

L’abattage rituel sans étourdissement

Sondage IFOP-OABA mai 2020

Actions de l’OABA contre l’abattage sans étourdissement

Tromperie du consommateur sur le mode d’abattage